Témoignage d’apprentissage, par Pierre PIGNAT

En 1910, Paul Pignat, jeune garçon du quartier Perrache à Lyon, vient d’obtenir à 13 ans son CEP et recherche une formation professionnelle.

Dans une vitrine d’articles de laboratoire, une annonce proposant un poste d’apprenti souffleur de verre au chalumeau décidera de son avenir.

A cette époque, la formation commençait par le balayage, les emballages, les livraisons et au contact de l’ouvrier souffleur, L’initiation aux petits articles de laboratoire pour pharmacie, médecine, chimiste.

La flamme du chalumeau activée au soufflet à pied permettait le ramollissement des petits tubes en verre ordinaire, étirés en banlieue dans une verrerie de bonbonnes.

En 1914, la guerre est déclarée…

En 195, à 18 ans, il monte rapidement au front, subit par deux fois des blessures mais survit à cette guerre meurtrière.

En 1919, retour à l’atelier où en tant qu’ouvrier qualifié, il forge son expérience dans différents établissements avec l’objectif de devenir artisan.

En 1927, son local de 70m3 répartis entre le magasin, l’atelier et… l’appartement, situé dans e quartier des facultés, prospère devenant un lieu d’échanges entre ouvriers et chercheurs (dont le prix Nobel de chimie Victor Grignard).

C’est dans ce contexte, qu’en 1930, Pierre, son fils « tombe dans le chaudron », s’élevant dans la permanence du chuintement des chalumeaux, du spectacle de cette flamme et verre aux couleurs fascinantes où les yeux et le cerveau de l’enfant s’imbibent.

Vient le jour, un 17 Juin 1947, où pour remplacer le départ d’un ouvrier confirmé, son père accepte qu’il interrompe le lycée technique après trois ans de formation dessin et mécanique, non par échec mais pour intégrer ce milieu professionnel et en être félicité par les maîtres ouvriers.

Le spectacle permanent dans lequel il vécu sa jeunesse fut la base de transmission du métier.

Aussi, comme jaillissant d’une éponge pressée, la gestuelle, la couleur, et le bruit mémorisés, guide rapidement la main du nouvel apprenti qui progresse très vite, stimulé par l’appréciation de la clientèle scientifique en contact direct.

A ce stade, s’établit une relation entre « ouvriers » permettant de s’élever, voire inventer ce métier dans cette période 1950-1980, ces 30 fameuses glorieuses où tout est à créer : méthodes, outillages, et réalisations performantes.

En un demi-siècle, la qualité du verre borosilicate permet une progression de plus en plus mécanisée, et en lycées techniques, la première formation est complétée par les stages d’entreprises.

Et ainsi, toute profession progresse, perdure et se transmet.

Le 21ème siècle bénéficie de ce 20ème écoulé et tellement riche d’innovations.